Entretien Avec Maitre  Marie Madeleine Missi Ongbakiak Femme Politique, Avocate Au Barreau Du Cameroun

Entretien Avec Maitre Marie Madeleine Missi Ongbakiak Femme Politique, Avocate Au Barreau Du Cameroun

  • HABEAS CORPUS : Propos recueillis par Stéphane Mpondo Priso
  • 28 Jan 2019
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«Les avocats ne parlent plus tous d'une même voix et cela fragilise le corps »
« Mes rapports avec l'élite Mbamoise n’ont pas une saveur particulière, en dehors de quelques unes qui sont des amis'' personnels'' de longue date »

Vous êtes avocate au Barreau du Cameroun. Comment avez-vous accueilli l’élection du nouveau Bâtonnier Charles Tchakoute Patie ?
Maitre Marie Madeleine Missi Ongbakiak : l'élection du Bâtonnier au Cameroun est réglementée et c'est une tradition. Tous les 2 ans, l'Assemblée générale renouvelle ses instances ordinales et c'est dans ce cadre que le nouveau Bâtonnier a été élu et nous l'avons naturellement bien accueilli.

Quelle lecture faites-vous du bilan de l’ancien Bâtonnier Francis Ngnié Kamga ?
L'ancien Bâtonnier est un travailleur acharné (tout comme le nouveau d'ailleurs), et durant son mandat, j'ai à titre personnel constaté qu'il a mis un point d'honneur sur le rayonnement du Barreau à l'international. À ce titre, il a non seulement fait participer le Barreau du Cameroun aux rencontres avec les autres Barreaux du monde entier, mais en plus, il nous a fait accueillir la Conférence Internationale des Barreaux (CIB) au Cameroun. Ce déploiement à l'international lui a valu la reconnaissance de ses confrères au niveau sous régional où il a été porté à la tête des Barreaux des pays de l'OHADA non sans gagner bien d'autres distinctions encore !

Sur le plan interne, le Cameroun a gagné un point supplémentaire dans la protection des droits et libertés individuelles, en renforçant grâce à la forte implication du Barreau du Cameroun, le cadre juridique des droits des détenus et même de la liberté de tout citoyen tout court, dans le sens où tout abus pourrait donner droit à réparation avec au bout du rouleau des sanctions pour l'agent public fautif. L'ancien Bâtonnier a hérité des effectifs considérables concernant les jeunes confrères entrants, et nos caisses étaient vides. Il a fallu fournir beaucoup d'efforts, poser de bonnes équations pour pouvoir les former. Je crois que c'était pour lui un grand Challenge et il n'a pas démérité.

Je vous ai donné les points saillants de ce bilan sans exhaustivité mais je puis vous avouer que ce mandat, n'a pas été du tout facile, pour toute notre corporation ; avec la crise dans les deux régions d'expression anglophone. Cette dernière a d'ailleurs causé une entorse sur la durée du mandat de Me Ngnié KAMGA qui a été prolongé de plus d'une année.

En votre qualité d’avocate au Barreau pouvez-vous nous énumérer quelques maux majeurs qui minent votre profession ?
La profession s'est paupérisée au fil du temps et les remèdes tardent à être trouvés pour y faire face. Bien sûr que sur le terrain il y'a un besoin et une forte demande. Le Barreau du Cameroun recrute. Ces derniers temps de plus en plus de jeunes entrent dans cette profession prestigieuse, mais déchantent quelques années après ! Le principal problème est que le Barreau manque de ressources propres: ce qui met en mal l'éthique et la déontologie professionnelle. Au delà des jeunes entrants, la formation des avocats doit être continue et obligatoire pour tous les avocats. Ceux-ci doivent être" up to date "par rapport à l'évolution du droit. En tant que maillon essentiel de la justice et baromètre de son évolution dans un pays, le budget de l'État devrait affecter une part non négligeable à cette corporation comme à d'autres démembrements du corps judiciaire.

Autre grief au sein du Barreau, le manque de solidarité agissante. Les avocats ne parlent plus tous d'une même voix et cela fragilise le corps. Il faut relever aussi et ce n'est pas anodin, que certains des maux dont souffre le Barreau prennent leur source dans des faits qui lui sont étrangers. Je fais notamment allusion à la corruption qui détourne les clients des avocats au profit des destinations obscures. Les avocats manquent de sécurité sociale. La moindre maladie les l'emporte.

Quelles solutions à votre avis, pouvez-vous suggérer pour résoudre ces problèmes ?
Notre vœu le plus ardent est que le Barreau puisse se doter de son siège (le terrain étant déjà acquis) et pourquoi pas d'autres infrastructures notamment immobilières qui l'aideront à coup sûr à améliorer ses finances et à se prendre en charge. Nous en appelons à la solidarité agissante de tous les membres de la corporation. Il y'a parmi nous ceux qui ont assez de moyens, même s'ils sont minoritaires. Nous pouvons trouver des mécanismes à travers lesquels ils peuvent financer certains projets porteurs et se faire rembourser dans le temps. Nous devons orienter notre action prioritairement vers la recherche des financements afin de nous affranchir de certaines pesanteurs.

Votre confrère Me Momo Jean De Dieu vient d’être nommé Ministre Délégué au Ministère de la Justice. Quel est votre sentiment ?
L'élection de maître Momo JDD n'a pas été une surprise pour nous. Tout le monde l'a vu s'engager sans réserve pour la cause du Président de la République. C'est tout à fait normal qu'il en soit récompensé ! Son « entreprenariat politique » pour emprunter ses propres termes a produit des fruits en payant « cash ».

Pensez-vous qu’après la nomination d’un avocat à ce poste les problèmes du Barreau seront résolus ?
La nomination de Me Momo à un poste ministériel est une promotion qui a été saluée à sa juste valeur par la corporation à travers son représentant Monsieur le Bâtonnier et à travers les membres du Conseil de l'Ordre qui ont fait le déplacement de Yaoundé pour lui témoigner toute notre joie et notre solidarité. Seulement, nous ne sommes pas si naïfs pour penser qu'à travers lui, tous les problèmes du Barreau trouveront solution ! Me Momo n'est qu'un maillon d'une chaîne et ne peut agir de manière isolée. Toutefois, il y'a un adage africain qui dit que lorsque ton frère se trouve à la cime d'un arbre, tu es assuré d'avoir les meilleurs fruits. Ceci pour dire que notre confrère portera mieux encore nos attentes au plus haut niveau.

Vous êtes par ailleurs une femme politique et vous militez au sein du Rdpc. Qu’est-ce qui vous a motivé à adhérer au sein de ce parti ?
Mon père était un militant très actif. Il était d’abord responsable politique à l'Union des Populations du Cameroun (UPC), ensuite il a milité au sein de l’Union nationale du Cameroun (UNC) qui s'est muée ou fondue dans le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). C'est le seul grand parti qui existait dans notre région à l'époque et même jusqu'aujourd’hui. Je n'ai donc pas eu à réfléchir outre mesure, j'ai suivi la voie indiquée par les parents il y'a au moins trois décennies de cela.

Vous êtes Vice-présidente de la section RDPC du Mbam et Inoubou IV-A. Selon nos informations cette section est en proie à d’énormes difficultés. On fait état d’inertie dont vous-vous rendriez coupable. Est-ce vrai ?
Permettez-moi de rire un peu car je trouve votre question paradoxale. Vous dites bien que je suis Vice-présidente de la Section RDPC Mbam et Inoubou 4 et vous dites qu'une certaine inertie de la section est décriée et m'est imputable? Faire pareille déclaration suppose qu'on connaît mal le fonctionnement de notre parti ! Le RDPC est un parti bien organisé et hiérarchisé. En ma qualité de Vice-présidente, j'assiste le Président dans ses missions et j'accomplis les tâches qu'il veut bien me confier. Je ne peux prendre les devants qu'à son absence. En temps normal, c'est un travail d'équipe qui est fait sous l'impulsion du Président. Mon inertie s'il y en avait une, ne pourrait nullement impacter sur le fonctionnement de notre Section.

En outre, je ne sais sur quels critères vous vous fondez pour dire que notre Section est inerte ! Je pense plutôt que sa physionomie a connu une certaine embellie ces dernières années. Elle présente une certaine embellie ces dernières années, et tout observateur avisé peut le noter à travers la mobilisation des militants à chaque événement, la présentation de ces militants par leurs tenues du parti, des réjouissances par ci et par là à la fin de chaque célébration partisane ou non. Bien évidemment, malgré ce regain de vitalité, il faut reconnaître que quelques pesanteurs freinent encore un déploiement véritable de notre parti sur le terrain. Il s'agit notamment de nos égoïsmes voire de nos égocentrismes. Bien plus, je parlerai de la non reconnaissance des efforts permanents de certaines élites du parti, du mépris affiché vis à vis des responsables politiques des organes de base etc...

En votre qualité de présidente du bureau transitoire de l’ADANDIK, pouvez-vous présenter cette structure au grand public ?
L'ADANDIK est l’Association pour le développement de l'arrondissement de Ndikinimeki. J’ai effectivement présidé la transition pendant une année, avec pour missions entre autres, le toilettage des textes de la défunte ADANDI, la légalisation de l'association, l'inscription des adhérents, la sensibilisation, l'organisation des élections pour la mise sur pied des organes dirigeants. L'association est apolitique et à but non lucratif, elle comporte deux principaux organes dont le Bureau exécutif et le Comité directeur chargé du contrôle des actions de l'exécutif et du suivi des projets de l'association. L'ADANDIK a une structure pyramidale avec à la base des comités de village, puis des Conseils cantonaux et au sommet, les instances dirigeantes sus citées. Cette association à caractère socio économique, culturel et environnemental a pour principal objectif la mobilisation des ressources pour le développement de l'arrondissement de Ndikinimeki et par conséquent l’épanouissement de ses populations.

Vous êtes très active dans le domaine culturel. Quelle est votre motivation ?
La culture est l'essence même de tout homme, c'est le socle de sa vie et c'est pourquoi un penseur a dit que : « La culture est ce qui nous reste lorsqu'on a tout oublié ». Chaque personne devrait à la rencontre de son semblable, lui présenter ce qui lui est propre c'est à dire sa culture ! Et de cette rencontre des cultures, naît toujours quelque chose pour améliorer la condition humaine. Vous comprenez aisément que celui qui n'apporte rien à cette rencontre au « carrefour du marché des cultures » ou au « carrefour du donner et du recevoir » est inutile à la société dans la mesure où il ne participe pas à son émancipation.
Je pense pour être précise que le développement de notre continent devra nécessairement intégrer les fondamentaux de notre culture. C’est pourquoi il faut préserver ce qui nous reste encore de nos cultures et encourager la recherche à partir de l’environnement dans lequel nous vivons.

Pouvez-vous nous présenter vos principales activités sur le terrain ?
Disons que je suis promotrice culturelle au travers de mon association « Avenir de Rêve ». J'ai lancé en 2007 le Festival culturel Banen (FESCUBAN) qui a été baptisé en 2008 par les chefs traditionnels de nos contrées (Ndikinimeki -Nitoukou -Yingui) suite à un concours du meilleur slogan identitaire : HIKOKO. Par la suite cette association a acquis son autonomie et a été enregistrée comme GIC. Elle a à son actif quelques éditions et n'attend que la mobilisation de tous les amoureux de la culture qui doivent s'intégrer et s'approprier le projet. HIKOKO a permis d'abord d'accompagner et de faire connaître certains artistes et artisans aux talents incontestables de notre contrée.

Pouvez-vous nous donner quelques exemples ?
Je citerai comme exemple ODECAM Art, la reine des perles reconvertie dans la musique avec qui j'ai d'ailleurs lancé la 1ère Édition dudit Festival. Je citerai aussi la panoplie de jeunes artistes musiciens tels que: Pekim Vin’s connu plus sous le pseudonyme Vin’s Le Grand, les Jumeaux Eli et Poli, Johnny Bosman, Lambert Loko, JP Cosby, etc … Ils sont tous aujourd'hui de grands artistes qui font la fierté des Banen.

Nous avons toujours dans le cadre culturel, accueilli favorablement le projet de financement d'un pagne de la présidente de l'association ODECAM Art dont nous avons achevé la conception et financé entièrement la production. Ce pagne continue à être porté avec fierté par les Banen et tous les amoureux de la culture. À travers HIKOKO, nous avons réorganisé quelques groupes de nos danses traditionnelles, nous avons ressuscité quasiment l'histoire de notre héros MANIBEN YI TOMBI dont l'histoire a été mise en scène par notre très talentueux frère Embom Jonas dans une pièce théâtrale très médiatisée que nous avons produite et faite jouer dans les grandes métropoles du pays : Douala -Yaoundé Bafoussam - Ebolowa –Garoua.

Nous avions à l'époque (dans le cadre de HIKOKO /FESCUBAN) créé un site à partir duquel plusieurs de vos collègues se sont abreuvé (culturellement parlant) et même jusqu’aujourd'hui. Je vois quelques extraits de certains textes sur MANIBEN YI TOMBI ou sur les rites divinatoires comme « l'EGAMB » circuler sur la toile. Nos frères Bafia se sont d'ailleurs entretemps approprié le nom ''Lion indomptable ''donné au héros national MANIBEN YI TOMBI, pour baptiser leur danse légendaire ''Danse Lion indomptable ''.
Nous avons travaillé avec plusieurs de nos frères dans le cadre de HIKOKO, je ne peux les citer tous ici mais, leurs diverses contributions ont fait avancer notre culture d'un pas décisif. C'est pour cette raison qu’ils continuent d’œuvrer, chacun à sa manière et à son niveau pour le rayonnement tous azimuts de la culture Banen. Je profite de cette occasion pour saluer leurs actions et leur engagement sans faille. Je fais notamment allusion aux frères Alain Ndedi, Jonas Embom, Tomo etc... Nous avons également notre sœur Dame Madeleine Johnson qui a de grands projets culturels pour les Banen et nous devons la soutenir. Nous devons également apporter aide et assistance nécessaires à tous ceux que nous n’avons pas cité ici mais qui se déploient pour faire vivre notre culture.

Selon nos informations vous comptez briguer le poste de Maire de la commune de Ndikinimeki. Est-ce vrai ?
Pour ce qui est des prochaines échéances électorales, nous-nous préparons au sein de notre parti pour les affronter, mais je ne puis vous dire déjà à quoi je vais postuler. Je suis une femme politique engagée comme vous le savez. Nous devons simplement attendre et si Dieu nous prête vie nous aviserons en temps opportun.

Avez-vous des projets pour la ville de Ndikinimeki ?
Chaque citoyen de Ndikinimeki devrait avoir quelque chose qu'il aimerait voir dans sa cité ! En tout cas, moi j'en ai plusieurs que nous devons tous progressivement mettre en place même en dehors des postes électifs! Nous sommes en période de pré campagne, je ne vous en ferai pas le dessin ici de peur qu'on ne nous taxe de « vendeurs d'illusions ». Seulement, je vous ferai noter que notre Président de la République a placé son septennat sous le prisme des opportunités pour un objectif final: l'émergence du Cameroun. Ce n'est pas un slogan dénué de tout sens ! Chacun à son niveau doit s'approprier ce concept. L'émergence doit commencer dans nos villages, dans nos arrondissements nos départements et c'est le pays tout entier qui sera couvert !

À mon humble avis, l'émergence doit s'articuler sur trois principaux axes : l'aspect extérieur de nos cités, l'augmentation de la croissance par une production de qualité et un développement des services. Il est question de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations en mettant un accent particulier sur la construction d’un mental fort ; prêt à accepter le changement de paradigmes et prêt à parer toute éventualité de désordre.
Pour nous résumer, nous devons avoir comme priorités la construction de nos cités, le développement des biens et services, l'amélioration des conditions de vie des populations. Je pense que si chaque postulant au poste essaie de bâtir son programme sur ces axes, les choses iraient mieux. Mais pour y parvenir, il faut que l'élite se réconcilie avec ses populations et que le choix des hommes soit fait en accord avec les deux groupes. ''The right man at the right place ''.

Quelle est la nature de vos rapports avec la grande élite du Mbam en général et celle des arrondissements de Ndikiniméki, Nitoukou et Yingui ?
Mes rapports avec l'élite Mbamoise n’ont pas une saveur particulière, en dehors de quelques-unes qui sont des amis'' personnels'' de longue date. Cela me désole un peu sans m'attrister particulièrement. Moi j'ai un penchant pour des saveurs prononcées qui mettent en branle les papilles gustatives et boostent le dynamisme. Les sournoiseries pour moi sont les armes des enfants des ténèbres. Les grands cadres de concertation manquent à notre département et nos élites tendent à devenir apathiques dans un bastion légendaire d'hommes vigoureux, travailleurs, intelligents et en plus mignons. Dieu nous a en fait tout donné et c'est dommage que nous n’en profitions pas. Ce que nous disons du département est valable aux arrondissements. Nous sommes aveuglés par la conquête des postes (ascensions sociales individuelles), et nous évitons de nous mettre ensemble de peur que X soit vu et privilégié au détriment de Y.

Avez-vous un message à l’adresse des populations de l’arrondissement de Ndikiniméki?
À toutes les populations de Ndikiniméki, de Yingui et des départements du Mbam et Inoubou, Mbam et Kim, je leur conseille d'aller à l'affût de toutes les opportunités, de se réconcilier les uns envers les autres, de ne ménager aucun effort afin que non seulement notre pays retrouve la paix dans son ensemble, mais en plus que chacun puisse vivre et goûter aux fruits de l'émergence. Je profite de la tribune que vous m’offrez pour féliciter le Ministre Bassilekin III qui vient d'avoir une promotion au sein du Gouvernement de la République, je lui souhaite bon vent dans ses missions. Je souhaite à tous et à chacun une heureuse année 2019.

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