Roger Bafakan Behalal : « L’Investissement Est Rendu Plus Attractif Et Compétitif »

Roger Bafakan Behalal : « L’Investissement Est Rendu Plus Attractif Et Compétitif »

  • Cameroon Tribune : Propos recueillis par Sixtus Mbom
  • 26 Apr 2019
  • 466

Roger Bafakan Behalal, conseiller technique n°3 au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’aménagement du territoire .

Le chef de l’Etat a signé récemment un décret fixant les modalités de création et de gestion des zones économiques. Que comprendre de ce texte présidentiel ?
Le décret signé le 19 avril dernier est un décret d’application de la loi de 2013 régissant les zones économiques au Cameroun. Ce décret vient fixer les modalités de création et de gestion des zones économiques. C’est un texte important qui était attendu pour compléter les textes d’application de cette loi. Après notamment le décret organisant le fonctionnement de l’agence de promotion des zones économiques, c’est le deuxième texte important qui dresse la route pour la mise en place effective de ces zones. Je crois qu’il sera compléter très prochainement par le décret qui met en place les organes dirigeants de l’Agence de promotion des zones économiques qui pourra donc permettre d’encadrer le dispositif de mise en place et d’accompagnement de ces zones.

En quoi ces zones économiques diffèrent-elles des zones franches industrielles ?
Il faut d’abord dire que les zones économiques constituent le dispositif supérieur de l’Etat pour la mise en place des outils d’incitation à l’investissement privé. Il faudrait donc dire que les zones économiques constituent cet important levier d’action que l’on a observé dans des pays dits émergents comme la Chine. En Afrique, c’est pratiquement tous es pays de niveau comparable qui sont déjà en train de mettre en place ce dispositif. Notamment le Gabon, le Sénégal, l’Ethiopie…Pour revenir à votre question, je dirai que les zones économiques constituent un dispositif plus englobant, plus incitatif, et plus favorable à la mise en place d’un environnement destiné à favoriser les affaires et surtout les investissements tant étrangers que locaux. Ces zones offrent plus d’avantages que la zone franche industrielle, parce qu’elles permettent de coaliser non seulement les entreprises dans une espèce d’attelage, de complétion, mais aussi des activités dans un cadre où les lois permettent une incitation majeure dans la production, et surtout la production à valeur ajoutée. Les zones franches industrielles ont pavé la route à la mise en place des zones économiques qui présentent aujourd’hui un dispositif complet.

Quelle est la plus-value de ces zones économiques dans la politique de transformation des matières premières locales ?
Les zones économiques viennent comme un dispositif qui s’appuie sur deux choses. La première, c’est les incitations les plus favorables. La deuxième, c’est que, ce n’est pas toutes les matières qui sont visées pour faire partie des zones économiques. C’est des matières dans lesquelles on va observer des gains de compétitivité. C’est des matières dans lesquelles le Cameroun pourra accroître sa valeur ajoutée en termes de production et surtout en termes de conquête du marché local et international.

Cela signifie que l’avantage qu’offrent les zones économiques par rapport à la production, c’est qu’elles ciblent l’essentiel des secteurs prioritaires dans la mise en œuvre de la politique d’économie nationale, notamment les secteurs dans lesquels nous avons plus de valeur ajoutée, de compétitivité tant par rapport à l’économie national, sous régional, régional et que mondial. Ce sont par exemple les produits agricoles, pharmaceutiques, les dérivés du bois qui permettront d’alléger un peu notre portefeuille en matière d’importation. Il y aussi d’autres produits dans le cadre de l’économie mondiale où nous pouvons nous hisser sur les chaines de valeur sous-régional et mondial. Parce que voyez-vous, c’est du caoutchouc produit au Cameroun que sont fabriqués des pneus de véhicules et d’avion que nous importons. Pourquoi ne pas s’intégrer dans cette chaîne de valeur pour que ce caoutchouc soit transformé localement.

Dans les faits, est-ce que la mise en place de ces zones économiques ne va pas se heurter aux problèmes que connaissent les entreprises camerounaises à savoir l’accès au foncier, l’électricité?
La mise en place des zones économiques n’est pas une panacée qui règle tous les problèmes. Elle vient plutôt s’insérer dans le cadre d’un processus de montée en puissance de notre économie. Parce que notre politique nationale ambitionne de faire du Cameroun un pays émergent d’ici 2035. Nous sommes au stade intermédiaire. Après la première étape du Dsce, nous devons passer à un pays industrialisé. Dans le cadre de ce processus-là, il y a un certain nombre de politiques qui se mettent en œuvre dans les administrations sectorielles avec notamment le secteur des infrastructures (construction des barrages, des routes et autoroutes, aménagement de la fibre optique…). Je voudrais donc considérer que la mise en place des zones économiques vient se faire dans le cadre de cette démarche afin de tirer avantage de la présence de la disponibilité de ces réseaux d’infrastructures. Parce que l’un des critères pour la constitution d’une zone économique, c’est l’adéquation au schéma national et régional directeur de l’aménagement et du développement durable du territoire. Une réflexion a été amorcée pour optimiser l’accompagnement de l’Etat dans la mise en œuvre de ces zones économiques. Partout dans le monde, l’expérience nous enseigne que les zones économiques se mettent en place avec un accompagnement adéquat de l’Etat pour que leur charge de mise en place ne soit pas supportée par les investisseurs seuls. Cela rendrait de prime à bord ces investissements moins compétitifs. A côté de la disponibilité des terres, d’autres critères importants dans la mise en œuvre des zones économiques c’est la proximité au réseau, aux grandes agglomérations pour des questions de main d’œuvre mais aussi, c’est la proximité à des infrastructures portuaires ou aéroportuaires pour transporter les biens et les personnes

  • Partager